Du bonheur

 

 

Du bonheur

Il y’a des signes qui ne trompent pas. Quand le vert redevient vert et que les ciels fuient le gris, le golfeur a le nez qui frétille, le poignet souple et la jambe soudain plus alerte.
Il va pouvoir y retourner pour de bon. Fini les gouttes au nez, claquant le sol à chaque posture, fini la théorie des couches, qui bravent les plus grands froids;

Qu’on se le dise, le golfeur heureux est de retour.
Il est prêt à retourner galoper au pré, retrouver ses prairies, avec la fougue d’un jeune poulain, affronter ses obstacles.

Radio galaswinda, bonjour, encore une belle journée qui s’annonce, et sur la route de votre golf préféré, commencez à songer à tous ces drives majestueux que vous allez taper.
C’est annoncé, l’équipe d’entretien du parcours a fait un boulot de dingue, vos fairway sont drus, vos greens « billard », ça et là certains arbres réapprennent à bourgeonner.
Alors, courez, courez, vers votre golf adoré, vous êtes attendu.
Une soirée de lancement de la saison vous attend, nouvelle carte, nouveau chef, nouvelle ambiance, tout est fait pour que votre « maison de campagne » vous offre le plus beau des golfs loisirs.
Le tant attendu calendrier des compétitions est sorti, vous pouvez d’ores et déjà cocher dans l’agenda les immanquables.

Le délicieux « dagobert » ou le parcours enfile son « pantalon à l’envers » grâce au dessin « amusant » du Green keeper, qui se venge de tous les stableford traditionnels du reste de l’année.
Suivra en shamble à 3, (formule devenue culte) la coupe du restaurant, la coupe du directeur, la coupe de l’association, la coupe des pros, sans oublier bien sûr la coupe du pot.
On notera la coupe des ménages, laboratoire à « couple » qui chaque année rend un même et fidèle verdict (4 divorces, 3 baffes et 2 abandons au 9).
Suivront la soirée blanche, la soirée fauve, la soirée italienne, la fête de la musique, et surtout la soirée mousses à la piscine, pour les initiés.
Ah, quel bonheur, on a tellement hâte d’y être.

Retrouver les copains, enfin sortis de l’hivernage, la tête à l’air et le swing libre.
Ça va recanarder sévère, « fore right » vont crier les sliceurs, mais peu importe, le swing, pourvu qu’on ait l’ivresse de cette balle qui fuse, cette balle qui siffle, chante,… fugue.
Avec mon fidèle partenaire de double, pas un samedi matin ne va nous échapper, des morceaux de vie qui regonflent l’ego et nourrissent deux déjeuners et un dîner, selon que l’exploit est raconté à la marseillaise ou pas.

Certaines retrouveront leur place en terrasse, le cours de pilates digéré, à 13H, (pour ne pas faire celle qui ne pense qu’à ça depuis 11H30), orientation Sud, Sud-Est, crème auto-bronzante tartinée, pour la première Caesar salade de la saison, « Minuty » dans son seau à glace prêt à dégainer.
« Il était temps,… mais quel hiver affreux,… jamais vu ça en 30 ans,… les clubs sont restés au grenier,… déprimant,… désolant,… » puis après deux verres, « mais quel bonheur, quelle chance, je vais me réserver une série de leçons avec ce nouveau pro dont tout le monde parle. Je suis sûr qu’il va m’enlever le vilain slice qui me tiraille, je serai prêt pour les vacances au phare 😂.

Les enfants peuvent enfin gambader seuls, du putting green au billard, ils sont libres et responsables.
Enfin libérés des parents, le terrain de jeu est unique, des kilomètres de fairway pour envoyer des missiles, des murs de vieilles pierres pour cacher les bêtises.
Chacun trouve sa place dans ce décor organisé, manucuré et codifié.
Il reste à trouver une place pour « Milou », qu’on a dû sortir tous les jours cet hiver, grêle, neige et verglas en décor.

Milou qui n’est pas le bienvenu, avec son œil « malin », sa dent aiguisée (sur les pieds de chaise tout l’hiver) et son excrément intempestif.
Milou, qui fait partie de la famille et qui ne trouve pas sa place à l’arrière de la voiturette.
Milou qui attrape les balles sur le green, il est si intelligent – mais qui n’en a pas le droit.
Milou, il est trop chou, il faut faire quelque chose.
Vous verrez qu’un jour, ils nous inventeront une cotisation pour les chiens 😳.
Bon ok, ça fait un peu entre soi, mais bon quand on y pense,… on est un peu entre nous.
On est si bien au club, si gâtés, si protégés, si choyés.
C’est le bonheur.

Bientôt le weekend touche à sa fin, on sait déjà que la semaine sera longue, tellement longue, avant de revenir goûter le programme « enjoué » de mon club préféré.
Il faudra se faire une raison, jusqu’à l’annonce sur les ondes du programme suivant.
Sans doute une folle envie d’arriver le jeudi soir nourrira les débats, sans doute…
On en viendra même à se dire, (mais pas trop fort quand même),…
C’était quand même chouette le confinement.